Nantes, cité créative ?

Concept marketing ou véritable reflet d’une profonde mutation économique, le concept des villes créatives est-il un épiphénomène occidental ? Nantes se place dans la droite ligne des Saint Etienne, Paris et Londres.

A l’instar des principales villes françaises, la cité nantaise fait sa mue depuis le début du nouveau millénaire. Les définitions de la créativité sont nombreuses, Nantes nous en propose à sa manière. Architecture, culture, art, media, artisanat… Le point sur cet esprit créatif qui semble planer sur la Cité des Ducs.

Une île archi’détonnante

Stimulée par une politique urbaine forte, la ville se recentre sur son patrimoine ligérien, ses spécificités. Elle se tourne à nouveau vers la Loire et brosse un nouveau portrait de ce que fut le territoire des friches industrielles, l’île de Nantes. Les bâtiments qui sortent de terre dévoilent des architectures remarquables, contemporaines que nul n’aurait pu imaginer ici. L’île de Nantes apparaît comme l’oxygène créatif de la cité, une alternative au centre historique. Cette facette déstabilise ceux qui ont connu « l’avant », mais elle est également appréciée par ceux pour qui la créativité passe aussi par l’aménagement urbanistique et les constructions d’un autre genre. La Maison de l’architecture des Pays de la Loire a édité le Guide d’architecture contemporaine Nantes /// Saint-Nazaire qui référence notamment l’architecture de l’île. Le but étant de se promener grâce à ce guide et de s’approprier, dans une certaine mesure, ces réalisations parfois étonnantes. La Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique (SAMOA) joue également un rôle de communication pour que les habitants puissent appréhender de manière plus claire les changements opérés sur le paysage qu’ils fréquentent.

Touriste, tu te plairas

Nantes poursuit également ses aspirations culturelles. « L’éléphant, de la compagnie Royal De Luxe qui est l’attraction phare des machines de l’île, concrétise l’alliance réussie des Beaux Arts et du travail des ingénieurs et des menuisiers.», fait remarquer Lionel Pouget, chargé de communication du nouveau Quartier de la Création, situé sur l’île de Nantes. L’éléphant, oui, mais aussi d’autres « attractions ». L’offre touristique se densifie et permet à la cité des Ducs de rayonner au niveau international, avec le Voyage A Nantes (VAN). Cette structure regroupe l’Office de Tourisme de Nantes Métropole, Nantes Culture et Patrimoine, qui gérait les Machines de l’Île de Nantes et le Château des ducs de Bretagne, et Estuaire Nantes – Saint-Nazaire dans le souci de proposer un « programme » touristique avec une offre permanente et également un grand événement pendant l’été 2012 durant lequel l’art investira toute la ville.

Tout est pensé pour que rien ne se fasse au détriment de l’habitant, même si des questions subsisteront toujours en terme de coût. Le budget alloué à la culture est le 3ème plus gros investissement de la ville, après, l’Education et la Solidarité et vie sociale. La culture représente 13,2% du budget de la ville en 2011 soit 16,8 millions d’euros d’investissements et 44,3 millions d’euros alloués à son fonctionnement.

L’arti’culture

Les Politiques et les institutionnels de la scène nantaise ont favorisé l’épanouissement de lieux de production de biens créatifs, tout comme nous le démontrent notamment les Fabriques, dont la dernière inaugurée sur l’île de Nantes. Des structures nantaises permettent de mettre en lumière de nouveaux talents et encouragent les pratiques artistiques émergentes. Pour certains artistes, cette politique de clusters, de regroupement, de la création au sein de lieux alternatifs et « branchés » n’apporte pas totalement de réponse à l’émergence créative. Car pour Antoine B., jeune guitariste, se produire, par exemple sur scène en centre ville de Nantes est chose ardue, et pour lui c’est cela qui donnerait à Nantes un visage créatif dans le domaine artistique : « Retrouver la musique partout, pas seulement dans des lieux « dédiés » permettrait de décloisonner totalement les pratiques, plutôt que de les regrouper, les enfermer. » Du côté des spectateurs, Nantes Métropole semble proposer des événements et posséder des équipements qui feraient l’unanimité avec une programmation assez éclectique pour que tous les publics puissent s’y retrouver.
C’est peut être cela une ville créative, une ville qui devient attractive par la présence d’artistes. C’est ce que décrit Elsa Vivant de l’Institut français d’urbanisme dans son ouvrage «Qu’est-ce qu’une ville créative ?» .

Du côté des médias

C’est également l’avènement dans le monde des medias, de la communication et des nouvelles technologies. Près de 300 agences de communication, des medias qui se développent, une offre télévisuelle qui se restructure avec Télénantes qui a fait sa rentrée il y a quelques semaines et aussi l’essor de la dynamisation de la création numérique. Les réseaux se déploient, comme les 1000 de l’Ouest, Atlantic 2.0, la Cantine Numérique et bien d’autres encore… Toute cette effervescence représente un objectif clair pour les acteurs publics, la création d’emplois très qualifiés et le renforcement de l’attractivité du territoire.

Condition Sine Qua Non : L’innovation

L’enseignement supérieur et l’innovation technologique sont les autres ingrédients incontournables de la créativité nantaise. Nantes va rapprocher d’ici trois ans sur l’ancien site Alstom, au sein du quartier de la création, différents « établissements de recherche ». «Cela ne va pas se restreindre à une notion de quartier ; il s’agit d’un cluster dont la fonction sera d’animer un réseau à l’échelle régionale pour travailler sur des projets concrets, en association avec des établissements publics, pour créer une véritable dynamique. », précise Lionel Pouget. Le groupe de travail s’installera à la fin novembre au rez-de-chaussée de l’immeuble Eurêka. Cet espace disposera d’un centre de ressources, d’un showroom et d’un lieu d’échanges.
L’innovation dans l’entreprise est également récompensée au niveau régional avec les Trophées Territoire Innovation créé par la lettre API – qui couvre l’actualité des entreprises et acteurs économiques des Pays de la Loire et Bretagne – et le Centre de Communication de l’Ouest (CCO). Ces Trophées ont pour objectif la mise en valeur de l’innovation de tous types d’acteurs économiques. En deux ans, ils ont permis de présenter 350 candidats et de mettre en lumière 17 lauréats.

Au coeur des rues commerçantes

Néanmoins, nul n’est besoin de franchir le seuil d’une grande structure alternative, branchée ou à caractère innovant pour trouver encore un peu de créativité. C’est dans les rues de Nantes, que l’on palpe encore le mieux l’esprit créatif. Ils sont artisans, « petits » créateurs comme on dit, ils ont tous des concepts originaux, des boutiques qui mélangent parfois les genres. L’association Emergence propose d’ailleurs des balades 100 % nantaises à travers une vingtaine de lieux dédiés à la créativité comme la boutique « Henry & Henriette » créée par Aurélia Henry, une mercerie et salon de thé équitable. Aurélia Henry nous raconte : « J’ai été soutenue et aidée dans le cadre de mon parcours de création d’entreprise, après avoir travaillé dans des grandes maisons de couture, j’ai décidé de franchir le pas en ouvrant cet espace. ». Créative dans l’âme, elle a fait le pari du Kitch « c’est totalement assumé, (…) d’ailleurs, certains produits ne se retrouvent nulle part ailleurs, j’importe quelques tissus au gré de mes voyages, j’ai une préférence pour les objets originaires du Mexique »… C’est donc aussi cela la créativité, celle fait main, en petite série, celle qui brouille les codes et apporte une certaine fraîcheur aux vitrines nantaises.

De là, à penser que la créativité est inscrite au patrimoine génétique de la ville, il n’y a qu’un pas. Aucun indicateur ne fait véritablement consensus parmi les chercheurs pour dire si une ville est plus créative qu’une autre.  Et si la créativité inhérente à toutes les métropoles comme Nantes n’était que le simple fruit d’une réappropriation de la ville par ses habitants, en recherche d’un socle commun, volontairement coloré, pour affronter les vicissitudes grises d’un avenir incertain ?

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DAVID MORIN ULMANN, Anthropologue de l’innovation et des imaginaires « Crack, boum, hue ! »
Et que l’homme est le modèle du monde. Léonard de Vinci, Prophéties.

Si l’invention (d’une technique) et la découverte (d’un phénomène) sont liées à la recherche scientifique, la créativité, mouvement plus en amont, est toute entière invention, réjouissance, vitalité, voire excès. La créativité est d’abord une propriété du langage, le reflet de sa plasticité infinie. On pourrait définir la créativité en expliquant que c’est la rencontre concrète de trois affluents : rencontre de la « modernité » d’une époque (son portrait singulier), ou objectivité du monde, avec l’élan subjectif ou libido sciendi (curiosité intellectuelle, pulsion de savoir) d’un « creator » (auteur et responsable du surgissement de significations inédites) et le travail en général. Le travail, c’est-à-dire, à la fois, l’effort et les conditions d’existence du premier et du deuxième affluent. Après Baudelaire (1863), Julien Gracq (1961) expliquait que la création était à la fois étude et digestion du monde et désir, une tension vers le monde et vers soi-même. Les Nantais, creators de culture, d’arts et de media, d’architecture et d’enseignement, etc., doivent bien partager cet avis.

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ANTOINE GRIPAY, Gérant associé de l’agence Aparte « La créativité pour un design accessible »

Chez Aparte, l’activité de design résulte d’un processus logique permettant une créativité maîtrisée. C’est un état d’esprit dans lequel chaque problème a sa solution : l’innovation. Le designer jongle avec les contraintes du marché, économiques, sociales, techniques ou encore environnementales afin d’exprimer sa créativité de façon efficace et cohérente. Conscient de notre rôle de coordinateurs de projet, nous valorisons les savoir-faire des entrepreneurs, industriels et artisans en encourageant leur potentiel créatif. C’est riches de ces échanges que nous rendons, chaque jour, le design lisible et accessible au plus grand nombre.

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Infos ++

Rendez-vous sur www.mavilledemain.fr pour participer aux réflexions menées pour la métropole de demain et répondre à la 9ème question : «Quelle place pour les nouvelles pratiques, les nouveaux acteurs, les nouvelles initiatives ?». Votre avis compte !

Rédaction : Fabrice Gilard & Gina Di Orio // Illustration : Toulay Nguyen

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