Sous la grande verrière qui inonde de lumière le vaste patio, le nouveau passage adossé à l’église Sainte-Croix est prêt à accueillir les Nantais. On y contemple dix siècles d’histoire et de religion. On y vit la culture comme dans un cocon familier.

Il n’est pas besoin d’être croyant pour franchir le seuil d’une église. Et pourtant, les lieux de culte font parfois peur aux athées et autres agnostiques. Fort de ce constat, le passage Sainte-Croix fait le pari de l’ouverture en misant sur sa programmation culturelle. « Il est plus facile d’emprunter un passage que d’entrer dans une église » souligne Yvon Gilabert, directeur de la structure. Le pari est en passe d’être remporté. Le passage offre aux promeneurs une déambulation culturelle, patrimoniale, spirituelle et historique. Qui a dit que les voies du seigneur étaient impénétrables ?

Témoin privilégié de l’Histoire de Nantes, l’église Sainte-Croix domine le quartier du Bouffay, cœur historique de la cité des ducs et poumon de la ville actuelle. Elle en est d’ailleurs l’église paroissiale depuis 1138. Avant cette date, l’édifice servait de chapelle au château du Bouffay, aujourd’hui disparu. À la suite des invasions normandes du IXe siècle qui ont vu les Vikings ravager et piller les monastères, les évêques et seigneurs du pays nantais décident de bâtir de nouveaux édifices religieux pour combler ce manque.

Ainsi, à la fin du XIe siècle les moines de l’abbaye de Marmoutier vinrent s’installer au Bouffay. Ils y construisirent le prieuré Sainte-Croix, ancêtre de l’église du même nom. Les travaux de l’édifice débutent en 1685 et s’étalent sur près de deux cents ans.

La façade et le portail sont d’origine alors que le chœur et le clocher datent du XIXe siècle. Depuis 1848, le fameux beffroi de la ville – qui coiffait auparavant la tour du château du Bouffay –  trône au sommet de l’église. Célèbre pour sa lanterne et ses anges jouant de la trompette, il est un symbole visuel et sonore de la ville.

En 2007, l’association « Passage Sainte-Croix » voit le jour et le chantier est lancé l’année suivante. L’aménagement du passage a pour objectif de rassembler le public autour d’un lieu de patrimoine et de culture. Un objectif à la hauteur d’un investissement qui s’élève à près de 3,5 millions d’euros. Le projet est soutenu par le diocèse (propriétaire des lieux), la ville et le département, mais également par des fonds privés. « Il est ignoré des Nantais, et pourtant c’est un des lieux les plus anciens de notre ville. » Yvon Gilabert, veut faire vivre le passage, l’ouvrir à tous: « on y entrera sans avoir à faire un signe de croix ! ».

 Le passage est un chemin pavé qui relie la place Sainte-Croix à la rue de la Bâclerie ; un cheminement piéton pour les Nantais, un raccourci pour les riverains et un lieu de déambulation pour les touristes. Mais il s’agit surtout d’un lieu de culture qui comprend une galerie d’art, un atelier, une salle de conférence, des espaces pour accueillir des spectacles, concerts ou lectures, sans oublier un parcours muséographique sur le patrimoine immatériel chrétien. Les murs sentent encore bon la peinture fraîche. Venez, entrez, il ne manque plus que vous.