Toque, palme académique, légion d’honneur, mérite national et mérite agricole, derrière ces distinctions lourdes de symboles et d’histoires – impressionnant n’est-ce pas ? – nous découvrons un homme simple et généreux. Le septuagénaire, compagnon du devoir, n’a jamais cessé d’officier pour la cuisine depuis l’âge de 14 ans. Il fait ses preuves à Nantes et Paris au coeur des cuisines de restaurants de renom comme la Tour d’Argent et la Maison Decré. Meilleur apprenti de Nantes et de l’Ouest, Yvon G. a toujours aimé la compétition culinaire, non par prétention mais pour se sortir d’un contexte familial difficile : « Gagner en cuisine c’est effacer mon passé, mon enfance » précise-t-il.

« Goûtez, goûtez , et que votre bouche traduise votre pensée! »

Animé par la passion de transmettre, il fonde l’institut culinaire Edouard Nignon en 2005 pour essaimer l’art culinaire et remettre en mémoire le brillant chef nantais : « C’est pour moi l’oublié de Nantes. Pourtant, Edouard Nignon a été le premier à ouvrir une boulangerie à Moscou, il a servi le dernier des Roumanoff à la cour impériale de Russie et a officié à la cour d’Autriche…». C’est admiratif que Yvon G. éclaire l’illustre personnage qui ravit empereurs et rois, artistes et poètes… Mais cet institut n’est que la face émergée de l’iceberg ou d’une belle mousse, devrait-on dire.

Car, membre émérite de l’Académie Culinaire de  France, Yvon G. fait partie des 1 800 meilleures toques françaises qui officient sur les cinq continents. Une place de mémoire qui lui va si bien, puisque les académiciens soulèvent et défendent le patrimoine culinaire français avec la remise de trophées mais surtout par la valorisation de nos recettes. « Je suis à l’affût des fausses recettes ! », scande Yvon G.. À la manière d’un Escoffier nantais, codifier nosplats, tel est son combat. Le respect des termes culinaires et des appellations est un des leviers de protection de notre cuisine nationale. Il existerait plus de 78 ordres différents pour une action précise : singer, concasser, piquer, larder, lustrer… Un terme galvaudé vaut un plat écorché. Et si votre blanquette n’en était pas une ? Malheur en cuisine ! Tout ça pour nous, consommateurs et clients ? Yvon G. sourit et nous répond que la cuisine c’est d’abord pour soi qu’on la fait, il faut apprécier ce que l’on concocte avant de vouloir plaire aux autres. Et surtout : « Goûtez, goutez  et que votre bouche traduise votre pensée ! »