Une associée me disait récemment :
« On ne s’est jamais autant disputés que depuis qu’on a monté cette boîte ensemble. »

Elle en concluait que l’entreprise abîmait leur couple.
En creusant, on a découvert autre chose : ce n’était pas leur couple qui souffrait de l’entreprise. C’était leur entreprise qui souffrait de n’avoir jamais réglé, entre eux, une question de gouvernance très simple : qui tranche en dernier ressort quand ils ne sont pas d’accord ? C’est ce que je constate très souvent chez les couples entrepreneurs en crise : ce qui ressemble à une crise de couple est, dans bien des cas, une crise de gouvernance mal posée. Elle se rejoue sur le terrain affectif parce que c’est le terrain que le couple connaît le mieux. Mais, le vrai sujet n’est pas toujours l’amour, la communication ou la complicité. Parfois, le vrai sujet est beaucoup plus concret : il manque une règle.

Livre ouvert sur une table évoquant un couple entrepreneur en crise

Dans un couple entrepreneur, la crise naît souvent du mélange des rôles

Un couple entrepreneur porte en permanence deux rôles superposés : partenaires de vie et partenaires d’affaires.

Le problème n’est pas de cumuler ces deux rôles. Beaucoup de duos y parviennent très bien. Le problème survient quand ces rôles ne sont jamais distingués, lorsque aucune règle ne dit lequel des deux s’applique à quel moment. Résultat : un désaccord sur le choix d’un prestataire peut réactiver une frustration bien plus ancienne, liée à la charge mentale du foyer, à la reconnaissance, au temps disponible ou au sentiment d’être moins écouté·e. Inversement, une tension personnelle peut venir polluer une décision stratégique qui, sur le fond, n’a rien à voir.

Le couple et l’entreprise finissent alors par se répondre en écho. On croit parler d’un devis, d’un recrutement ou d’un investissement. En réalité, on parle aussi de fatigue, de place, de pouvoir, de sécurité ou de reconnaissance. Et, peu à peu, personne ne sait plus très bien de quel sujet il est réellement question.

Pourquoi le vocabulaire du couple ne suffit pas à résoudre une crise d’entreprise

Face à une tension, le réflexe naturel d’un couple est de mobiliser les outils du couple : le dialogue, l’écoute, le compromis affectif, parfois l’apaisement à tout prix pour ne pas gâcher la soirée. Ce sont d’excellents outils pour un désaccord de couple. Mais une divergence sur la stratégie de l’entreprise, sur la répartition du travail ou sur une décision financière n’est pas, en réalité, un simple désaccord amoureux. C’est un désaccord de gouvernance.

Et un désaccord de gouvernance ne se résout pas seulement par plus d’amour, plus de dialogue ou plus de patience. Il se résout par une règle :

qui décide, sur ce sujet précis, quand vous n’êtes pas alignés ?

Sans cette règle, chaque crise se rejoue de la même façon. Le sujet business se dilue en sujet relationnel. Personne n’ose vraiment trancher, de peur de blesser l’autre. La décision reste suspendue. La tension s’étire, puis revient plus tard sous une autre forme. Ce n’est pas forcément le signe que le couple va mal. C’est souvent le signe que l’entreprise n’a pas encore son cadre.

La crise révèle ce qui n’a jamais été nommé

Dans un couple d’associés, une crise n’arrive pas toujours parce que quelque chose s’est cassé. Parfois, elle arrive parce que quelque chose n’a jamais été formulé.

Qui porte la vision ? Qui arbitre les dépenses ? Qui décide quand il y a désaccord ? Qui protège le temps du foyer ? Qui a le dernier mot sur les recrutements, la marque, les prix, l’organisation ? Qu’est-ce qui relève du couple, et qu’est-ce qui relève de l’entreprise ?

Tant que ces questions restent implicites, le couple peut avoir l’impression de fonctionner “à la confiance”. Mais, dans les moments de tension, la confiance ne suffit plus toujours. Non parce qu’elle disparaît. Mais, parce qu’elle n’a pas été traduite en règles de fonctionnement. C’est souvent là que naît la crise du couple entrepreneur : dans l’écart entre ce que chacun croyait évident et ce qui n’a jamais été posé.

Distinguer le couple et l’entreprise pour mieux traverser la crise

La sortie de crise commence presque toujours par un même geste : distinguer ce qui relève du couple de ce qui relève de la gouvernance de l’entreprise. Ce n’est pas un exercice froid ou désincarné. C’est au contraire ce qui protège la relation. Tant que les deux registres restent mélangés, chaque désaccord professionnel prend en otage l’intimité du couple. Une fois séparés, l’entreprise peut avoir ses propres règles d’arbitrage, sans que le couple ait besoin de s’y sacrifier à chaque fois.

L’enjeu n’est pas de devenir moins amoureux, moins spontanés ou moins complices. L’enjeu est de donner à l’entreprise un cadre suffisamment clair pour que le couple n’ait pas à tout absorber.

Une crise de couple entrepreneurial n’annonce pas forcément la fin du duo

Une crise de couple entrepreneurial n’annonce pas nécessairement la fin du duo. Elle signale, le plus souvent, qu’une règle de gouvernance reste à écrire. C’est exactement le travail que je mène avec les couples que j’accompagne en moment charnière : poser ensemble ce qui n’a jamais été nommé, distinguer les rôles, clarifier les décisions et transformer une gouvernance implicite et fragile en cadre écrit.

Avec la méthode Assumer, Structurer, Rayonner, nous construisons une charte de gouvernance du duo : un document auquel revenir à chaque nouvelle tension, plutôt que de tout renégocier à chaud, sous le coup de l’émotion. Si vous traversez une crise dans votre entreprise en couple, le sujet n’est peut-être pas de savoir si vous vous aimez assez. Le sujet est peut-être de savoir si votre entreprise a enfin les règles qu’elle mérite. Parlons-en, avant que la prochaine crise ne s’en charge à votre place.

Je suis Gina Di Orio, fondatrice du Studio idîle à Nantes. J’accompagne les couples entrepreneurs avec ma méthode Assumer · Structurer · Rayonner, forgée par 16 ans d’expérience en branding, 10 ans d’entreprise en couple, et un amour intact pour la philosophie et la psychosociologie.