Skip to main content

Une bague. N’est-ce pas l’objet le plus précieux que l’on s’offre ? Celui qui sait se faire oublier tant il fait corps avec nos mains, celui qui, discrètement porté, s’offre au regard et l’accroche, celui qui a le pouvoir d’un souvenir. Entre autres bijoux, la  bague, Hélène Turbé a l’art de sa maîtrise. Après des années passées à travailler dans le secteur de la production audiovisuelle, la joaillière a enfin trouvé sa zone de brillance, le métier de sa vie. Dans son atelier boutique, 5 rue des Hauts Pavés à Nantes, Hélène Turbé transforme l’or en merveilles.

Hélène tire les rideaux, le lieu s’éclaire, elle l’a nommé “Le Favori”. Des colliers, des bracelets, des boucles d’oreille…mais surtout des bagues, ce sont elles qui ont attiré notre regard. Le mur vert donne le ton. Nous avons rendez-vous avec l’élégance et la finesse. Ici, tout a trouvé sa place. C’est le fruit de plusieurs années de chine et de trouvailles.

"Je suis une grande collectionneuse, alors pour faire ce lieu ça a été plutôt évident. Tout va ensemble, parce que tout m’a plu, à des époques différentes."

Comment réalises-tu chacune de tes bagues ?

“Je m’inspire de tout un tas de chose au quotidien. C’est donc d’abord l’esprit qui travaille, H 24…ce qui peut être un souci. Mais le fait est que je ne pourrais plus vivre sans créativité. Lorsque cette phase d’inspiration est passée, je dessine mes bagues à la main en deux dimensions. J’aime le dessin et les pointes fines. Puis je me mets à mon établi et je traduis mes dessins et ma pensée en volume. Je réalise alors des prototypes en argent et c’est un fondeur qui fabrique des moules en silicone pour chacune des pièces à reproduire.”

Parle-nous de ton style

“Je travaille sur des collections en toute petites séries et également sur-mesure à la demande. J’aime l’or jaune car il se marie bien avec toutes les pierres que je choisis. Je recherche avant tout l’harmonie, l’or me sert de support, de faire-valoir pour mes pierres. Rubis, saphir, tourmaline…  j’aime soigner leur forme, leur finesse et les détails. Je travaille surtout sur des petits formats. Il y a un côté ancien, vintage relooké. J’apprécie les pièces de l’époque victorienne, ça doit se voir…”

Des bagues qui ont l'allure de bijoux de famille ?

“Je n’en étais pas consciente mais ce n’est pas la première fois qu’on me dit que mes bagues ont des airs de bijoux de famille que l’on se transmet. En fait, je crois à un code génétique créatif qui est en nous et qui se développe parfois malgré nous. Aujourd’hui ce code s’exprime dans mes bijoux. J’aime quand on vient me voir avec des pierres de famille que je dois réintégrer dans de nouveaux bijoux. Cela crée des sourires, des émotions. ” 

La notion de "transmission" te parle ?

“Oui et plus particulièrement la transmission féminine. Au-delà du bijou que l’on peut se transmettre de mère en fille, il y a aussi le savoir féminin, tout ce qu’une femme vit et expérimente, comme la grossesse par exemple. Je suis maman de trois filles.” 

Peut-on parler d'intimité à propos de ton travail ?

Approcher un artisan bijoutier c’est démarrer une histoire. Il se passe forcément quelque chose. Je rentre dans la vie de mes clientes et on finit souvent par se tutoyer. Lorsqu’elles me rapportent un élément, un bijou, une pierre, elle me raconte une histoire et j’entre un peu dans leur intimité. En tant qu’artisan, j’intègre un moment de vie fort en émotion.”

"J’adore la pop anglaise et j’ai toujours voulu habiter à Londres. C’est un voyage scolaire qui m’avait donné envie d’y vivre. On était dans une auberge de jeunesse près de la cathédrale Saint-Paul. Je me souviens des chapeaux melon, des journaux en libre service. J’ai eu un coup de coeur. J’ai attendu de nombreuses années, mais j’ai fini par vivre à Londres ! »

Quel a été ton parcours ?

Je suis originaire de l’île d’Yeu. J’ai démarré un BEP Audiovisuel que je n’ai jamais terminé puisque j’ai été prise en poste directement après mon stage parisien. J’ai travaillé dans l’univers du dessin-animé, je manageais la post-production, la partie montage et enregistrement des voix des comédiens. Ensuite, j’ai rejoint une boîte de production de films publicitaires et de vidéo clips. Assistante je suis devenue directrice de production. Je m’occupais des tournages, je gérais les budgets, les équipes. Quand j’y pense, c’était très lourd pour une personne comme moi. J’ai fait un peu moins de 10 ans avec, heureusement, des patrons géniaux. Fin des années 90, j’ai eu envie de partir à Londres pour placer des réalisateurs français sur des projets là-bas. La “french touch” était très recherchée et appréciée à l’époque. Quand on a voulu me faire rentrer à Paris pour un autre poste à responsabilité, j’ai dit stop. Je commençais à souffrir des sourires forcés et des relations purement commerciales et sans émotion. Je suis tombée enceinte, j’ai eu ma première fille et nous sommes restés à Londres. Une nouvelle vie avait alors démarré : ma vie de maman”

"Est-ce que tu es l’adulte que tu aurais vraiment voulu être ? Voilà ce que je me dis. Alors, je me souviens et assez jeune, j’étais déjà en admiration devant la bague de ma grand-mère, une bague singulière très fine, un disque de feuille d’or que j’ai pu aujourd'hui reproduire."

Une nouvelle vie de maman et joaillière ?

Je sentais que l’envie de fabriquer était à nouveau très présente. Je dessine depuis petite. Je dessinais mes robes de mariée, je voulais devenir styliste ou inventrice. J’étais un peu l’extraterrestre de l’île d’Yeu. À Londres, il y a beaucoup d’écoles pour les “mature students”, des ateliers et des cours du soir. J’habitais près de Portobello. Un « college » à côté de chez moi proposait des cours de bijouterie. On m’a encouragée à passer une licence de design en bijouterie. J’ai écouté les conseils et j’ai fait 3 ans d’études à la London Metropolitan University. Puis, je suis retombée enceinte, cette fois-ci de jumelles. Plutôt que de faire un master à l’Université, j’ai fait un master en maman. À cette époque, j’avais un petit atelier, j’y allais deux fois par semaine. Ça me permettait de me ressourcer hors de chez moi. Je bricolais, je faisais des bijoux fantaisie. J’ai monté une collection et une boutique m’a fait confiance en 2009. Dix ans après cette même boutique me suit toujours. La joaillerie s’est présentée à moi naturellement. Du vermeil je suis donc passée à l’or.

Je suis arrivée à Nantes en 2017. J’avais rejoint un atelier d’artistes, l’Atelier 67 à la Beaujoire. J’ai pu y faire de belles rencontres, c’est un lieu très vivant. Aujourd’hui, j’ai ma propre boutique, c’est une chance.

Que dirais-tu de ton cursus ?

Je n’ai pas été formée en joaillerie mais en design. J’ai fini mes études il y a 15 ans. Mais je fais de la joaillerie que depuis 5 ans. Je suis une novice, j’apprends sur le terrain et j’ai fait des formations ponctuelles. Je me suis entourée de sertisseurs et de graveurs avec beaucoup d’expériences qui m’ont beaucoup aidée. Donc on peut dire que j’ai une approche différente d’une personne strictement formée en joaillerie.”

C'est quoi "la réussite" selon toi ?

“D’abord, je ne pense pas qu’on réussisse seule et cela n’aurait aucun intérêt. La réussite pour moi c’est être bien à sa place. J’ai un exercice pour savoir si on est à la bonne place, il suffit de se poser cette question : si j’avais le pouvoir de redevenir enfant est-ce que j’aurais été contente de voir la personne que je suis aujourd’hui.  Chacun a le pouvoir de décider. Je ne viens pas d’un milieu aisé, je viens d’une île, j’ai fait du chemin. Je n’ai pas un but ultime, mais j’ai envie de franchir des caps. Être bien là ou on est dans le bon équilibre, c’est ça réussir.  Cela peut prendre 6 mois ou 10 ans, mais quand on ne se sent pas bien il faut garder la volonté de changer. Être maman m’a appris que rien n’est fixe et qu’il faut profiter de chaque situation, chaque moment car demain est un autre jour.”

Comment poursuivre ses rêves ?

J’ai dessiné pendant des années des pièces que je n’avais jamais osé faire. J’avais peur d’y aller. Et puis je me suis lancée, j’ai essayé de traduire ces dessins. J’ai été contente du premier résultat. J’ai osé à nouveau tester, m’amuser, m’autoriser des accidents, arrêter de réfléchir et laisser la créativité faire son travail. Il faut prendre du temps de “récréation”, il faut se dégager du temps pour soi, redevenir enfant avec l’esprit ouvert à l’émerveillement. “

Cette histoire inspirante vous a été proposée par Gina + Damien

Vous souhaitez nous raconter la vôtre ?
Contactez-nous à hello@idilenantes.com